Les gentilshommes verriers du Poët-Laval aux 17e et 18e siècles, par Françoise de Bouillane de Lacoste. L’histoire de cinq familles dauphinoises

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Celles et ceux qui me suivent depuis longtemps savent que je m’intéresse vivement et passionnément à l’histoire de mes ancêtres et de mes cousins éloignés,— ceux que l’on prénomme les Fils de l’Ours —, et que j’aime à raconter leur histoire et leurs légendes. Le dernier article que j’ai publié le 25 avril 2023 concernait la donation à l’abbaye de Cluny par l’un de mes ancêtres en 988, le clerc prénommé Richaud, d’où s’élèvera plus tard le prieuré de Saint-André-de-Rosans. Prenez en note que les familles de Richaud et de Bouillanne sont liées par le sang et partagent une très longue histoire à travers les siècles. En effet, Nicolas Chorier écrivait dans le troisième tome de son ouvrage “Estat politique de la province de Dauphiné”, publié en 1671 : « Il y a une étroite union entre la race de Richaud à celle de Boliane. Elles habitent en même lieu, ont les mêmes titres et les mêmes armes, et tous intérêts sont communs entre elles. » Quant à Jules de Beylié, il écrivait en 1917 dans le “Bulletin de l’Académie delphinale” : « Les familles de Richaud et de Bouillanne qui, par suite d’alliances anciennes et répétées, n’en formaient en réalité qu’une. »

J’ai déjà dans ma collection plusieurs livres racontant l’histoire de mes ancêtres, ainsi que des livres écrits par mes cousins eux-mêmes. Par exemple : “Deux bucherons de la vallée de Quint” par André Lacroix et Ulysse Richaud ; “Défense et illustration de la noblesse des Richaud et des Bouillanne” par Antoine Barnave ; “Henry de Bouillane de Lacoste (1894-1956)” par ses collègues de la Faculté des Lettres de Bordeaux ; “Le Cardinal Paul Richaud, Archevêque de Bordeaux” par Mgr Olivier Laroza ; “Paul Boyer de Bouillane et son fils Henry” par R.P. Dom Besse ; “Le conventionnel Hyacinthe Richaud” par Georges Moussoir ; et “Le droit de tester chez le père de famille et ses limites légales” par Paul Boyer de Bouillane.

J’ai maintenant fait l’acquisition d’un autre ouvrage pour ma collection. Il s’agit du livre de Françoise de Bouillane de Lacoste, intitulé “Les gentilshommes verriers du Poët-Laval aux 17e et 18e siècles : histoire de cinq familles dauphinoises avant la Révolution”, publié en 2003 par les Presses Universitaires de Grenoble (In-8, 312 pp, broché, souple). Ce livre raconte l’histoire sur plusieurs générations de quelques familles du Poët-Laval dans la Drôme ou de bourgades proches, dont les membres, de petite noblesse rurale protestante ont travaillé le verre entre 1650 et 1799. L’originalité de leurs traditions, de leur mode de vie et de leurs conditions de travail, unissant les privilèges de la noblesse aux servitudes d’un métier manuel dans le contexte des difficultés issues de la révocation de l’édit de Nantes et des conditions économiques particulières de cette période, c’est ce qui apparaît au cours des pages.

Pendant plus de deux siècles, ce sont les de Ferre, souvent associés à d’autres grandes familles de verriers venus du Languedoc ou de Provence, comme les Châteauvieux, les d’Ésclausels ou les Pellegrins, qui dominent la production du verre dans la région du Poët-Laval. Puis les de Ferre, trop sûrs peut-être de leur suprématie, par négligence, incapacité ou malchance, perdent peu à peu leurs biens au cours du dix-huitième siècle et cèdent la place aux Bouillane qui seront les derniers verriers encore actifs au Poët-Laval en 1789. Or les Bouillane, nouveaux venus au Poët-Laval, n’ont aucun passé de verriers : ils descendent en effet d’une lignée de paysans et de bûcherons de la vallée de Quint, anoblis, d’après ce que rapporte la légende, vers la fin du douzième siècle pour avoir sauvé un jeune prince dauphinois des griffes d’un ours. Ils sont nobles certes, mais sans fortune et sans espoir d’en acquérir jamais puisque leur noblesse leur interdit d’exercer un métier ou un commerce quelconques.

Pour Osée de Bouillane, mon cousin au 4e degré de Jean Faure de Bouillanne (1516-1554) et aussi le premier à s’installer au Poët-Laval, devenir verrier représente la meilleure, sinon la seule chance, de jamais faire fortune, car c’est un fils cadet, et les aînés sous l’Ancien Régime héritant en principe du patrimoine familial, les cadets sont souvent contraints de s’expatrier. Quelques décennies plus tard, il sera suivi dans les mêmes conditions par Étienne de Bouillane puis par Henri, le frère de ce dernier.

Cet ouvrage s’adresse d’abord aux habitants de la région du Poët-Laval, dont certains descendent des personnages de cette histoire, aux visiteurs, curieux du passé des lieux qu’ils découvrent, à un public plus large intéressé par la façon dont la lutte contre les protestants a pu être vécue par des gens ordinaires qui n’étaient ni des héros ni des martyrs, à tous ceux enfin, étudiants en particulier, qui à travers cet exemple de microhistoire peuvent découvrir ce qu’était, avant la Révolution, une certaine classe très originale de travailleurs manuels.

L’auteur, dont le mari Jean-Noël de Bouillane de Lacoste est mon cousin au 14e degré de Berthon de Bouillanne (v. 1430), a pu réunir une documentation inédite, provenant d’une part de documents familiaux, d’autre part et surtout des minutes des notaires de la région conservée aux Archives de la Drôme. Née en 1932 et titulaire d’un Capes de lettres classiques, Françoise de Bouillane de Lacoste a enseigné en France durant plusieurs années, puis a suivi son mari, diplomate, dans ses différents postes.

➽ Les Bouillane du Poët-Laval

➦ Par Françoise de Bouillane de Lacoste

Les Bouillane, Bolhane, Boulhane, Boulianne, Boulaigne, Bouliane, Bouillanne, toutes les orthographes possibles ont été utilisées jusqu’en 1789 — sont issus d’une très vieille famille établie depuis plusieurs siècles dans la vallée de Quint. Les branches anoblies remontent toutes, dit-on, à l’ancêtre bûcheron qui, avec son compère Richaud, tua l’ours menaçant la vie d’un jeune prince dauphinois au cours d’une partie de chasse, à la fin du douzième ou au début du treizième siècle. En récompense, les deux bûcherons furent anoblis, mais restèrent tout aussi pauvres qu’auparavant… Leurs descendants héritèrent de leurs privilèges comme de leur pauvreté, aggravée encore par l’interdiction qui leur était faite dorénavant, en raison de leur statut de nobles, de travailler comme de commercer. Ce n’était pas les quelques parcelles de terre dans la vallée de Quint que devaient se partager les familles de Bouillane et de Richaud de plus en plus nombreuses, qui auraient permis leur enrichissement.

Ils ne pouvaient guère choisir le métier des armes, car ils auraient dû fournir l’équipement et le cheval nécessaires, l’un et l’autre trop coûteux pour leurs revenus. Quant à l’Église, un grand nombre d’entre eux ayant adopté le protestantisme, il n’y fallait naturellement pas songer. Certains — en particulier les cadets qui n’avaient aucun espoir d’héritage — ont préféré quitter leur vallée et chercher, par un mariage avec une héritière, à s’établir dans des villages voisins.

Le travail du verre, réservé aux nobles, facile à pratiquer en Dauphiné en raison de la nature du sol et de l’abondance des forêts, offrait aux plus entreprenants un débouché idéal, à condition de recevoir la formation nécessaire. Deux branches de la famille des Bouillane se sont ainsi fixées dans la région du Poët-Laval où elles ont exercé avec succès leurs talents de verriers. Le degré de parenté de ces deux branches a pu être établi récemment de manière satisfaisante, car il a fallu pouvoir remonter dans le temps sur plusieurs générations pour retrouver l’ancêtre, mort vers 1430, qui leur fût commun.

➽ L’histoire des verriers du village

Le Poët-Laval — 1 Place de la Mairie

La région du Poët-Laval a connu une activité verrière grâce à la qualité de son sable et la présence propice de chênes blancs, hêtres et pins. Des recherches récentes, dans des archives familiales et dans les minutes des notaires de la région du XVIII ème siècle, ont permis d’identifier au moins 25 verreries dans un rayon d’une dizaine de kilomètres. Ces verreries n’ont pas fonctionné simultanément, mais leur existence révèle une activité importante. Les verriers ont pu constituer, au cours du XVIII ème siècle, un patrimoine qui a fait d’eux les plus importants propriétaires et contribuables de la commune au début du siècle suivant.

On sait que cette profession était exercée exclusivement par les nobles. Ils étaient donc, à la fois des gentilshommes, avec les privilèges que cela comportait, en particulier celui de ne pas payer certains impôts, et des ouvriers, des artisans, qui travaillaient de leur mains.

Ils étaient donc à la frontière de deux sociétés. Cela explique pourquoi ils ont traversés la révolution sans dommage. D’ailleurs, on leur donne toujours le titre de « gentilshommes verriers ».

D’autre part, ce métier imposait des conditions de vie originales : leur fours consommant des hectares de forêt, les verriers furent obligés de déplacer leurs ateliers lorsque les bois alentour furent épuisés. Même s’ils étaient propriétaires de leur verrerie, ils furent obligés, au bout de quelques années, de louer un autre emplacement. Ils louaient donc des « granges » dans des zones boisées, généralement loin des agglomérations qui jugeaient leur présence indésirable en raison des nuisances et des risques d’incendie qu’elle engendraient. Leurs installations étaient de petites unités artisanales qui pouvaient être montées en 8 ou 10 jours. Ils construisaient eux-mêmes leur four avec de l’argile et des briques réfractaires, sous un appentis, avec une aire de travail et un « magasin » où stocker la production en attendant les marchands qui l’emportaient à crédit.

Que fallait-il pour installer une verrerie ?

Tout d’abord du bois, en quantité, facilement accessible et transportable, bon marché, vu les quantités consommées, chênes blancs ou pins rabougris, ce qui explique que le secteur d’Aleyrac ait vu se succéder tant de verreries.

Ensuite, du sable de bonne qualité, c’est le matériau de base. Or le sous-sol de la région est composé d’un excellent sable, le safre, qui forme parfois de véritables falaises comme à Dieulefit ou à Odefred. Troisième élément, moins important : une «grange» assez grande pour loger la famille du verrier, souvent nombreuse, et son équipe, avec de l’eau, des terres, des prés, une vigne, un potager, pour assurer la subsistance en autarcie de 15 à 20 personnes (subsistance éventuellement complétée par les récoltes des terres affermées ailleurs).

Ce groupe va se déplacer de «grange» en «grange» au rythme des arrentements et de la consommation du bois – entre 5 et 8 ans en moyenne- rendant le domaine à ses fonctions agricoles en effaçant toute trace de l’activité de verrerie, quitte à ressusciter une ancienne verrerie, 25 ou 30 ans plus tard, lorsque les bois ont repoussé, en reconstruisant des fours.

Les familles des verriers qui ont travaillé au Poët-Laval au cours du XVII ème et XVIII ème siècle sont nombreuses :

☛ les familles Châteauvieux, d’Esclauzels, Pellegrin, Virgile, Berbezier, tous apparentés à de véritables dynasties de verriers du Languedoc,
☛ les familles Isnard et de Saulces, de familles dauphinoises,
☛ les familles de Ferre, surtout, branche locale d’une énorme famille de verriers, vieille de plusieurs siècle, implantée aussi en Provence et en Languedoc. (Remarquons au passage que toutes ces familles sont apparentées, le monde des verriers étant fermé sur lui-même, où l’on se marie volontiers entre soi…)
☛ enfin, la famille de Bouillane, nouveaux venus à la fois dans la région et dans le métier de verrier.

Un reportage de TF1 diffusé au Journal de 20 heures le 15 septembre 2021, faisait mention de la légende de mes ancêtres qui sauvèrent d’une mort certaine et horrible le dauphin Louis II (1423-1483) en tuant un ours énorme. Bien sûr, ceci n’est qu’une légende. La réalité est toute autre. Vous pouvez consulter le dossier des Fils de l’Ours.

➽ Un tableau de nos ancêtres à l’Auberge de Malaterre

L’histoire des “de Bouillanne” à l’auberge de Malaterre.

Comme le mentionne l’encyclopédie Wikipédia, la légende des Bouillanne et des Richaud est connue dans le massif du Vercors, qui se situe à cheval sur les départements français de l’Isère et de la Drôme. En effet, il existe encore quelques ouvrages qui relatent les contes et les légendes des différents secteurs du Vercors, y compris pour le pays des Quatre-Montagnes. Le plus connu est un ouvrage notable consacré aux légendes du Dauphiné, fruit d’une recherche importante, intitulé “Êtres fantastiques du Dauphiné : Patrimoine narratif de l’Isère”. Cet ouvrage assez volumineux de 576 pages a été rédigé par Charles Joisten (1936-1981), ancien conservateur du Musée dauphinois du Conseil général de l’Isère situé à Grenoble. Un autre ouvrage publié en 2009 par les Éditions du Bostryche et dénommé Ours et loups de légendes en Vercors, écrit par Lydia Chabert-Dalix, relate de nombreux récits collectés par l’auteure, dont la légende des Fils de l’Ours. Selon Wikipédia, la légende fut reprise et amplifiée de telle façon que celle-ci fit le tour du Dauphiné et, bien sûr, transposée dans d’autres lieux, mais le fait semble bien être survenu entre Villard, Die et Saint-Jean-en-Royans (voir aussi le livre de Gabrielle Sentis, intitulé La légende dorée du Dauphiné).

L’auteur du livre Ours et loups de légendes en Vercors est aussi gérante avec son époux de l’auberge de Malaterre, ancienne maison forestière, située au cœur de la Forêt de Villard-de-Lans, une commune autrefois rattachée à l’ancienne province du Dauphiné. Certaines veillées traditionnelles avec lectures de contes y sont encore pratiquées. Or, il y a quelques années, alors que j’étais encore présent sur le réseau social Facebook et que j’étais membre du groupe Famille “de BOUILLANNE”, j’ai eu l’agréable surprise de découvrir un tableau qui se trouve à l’auberge de Malaterre et qui, selon la légende, représente mes deux ancêtres défendant le futur roi Louis XI des griffes d’un ours.

L’auberge de Malaterre, ancienne cabane de bûcheron, abrite une sorcière qui se fera un plaisir de vous conter les merveilles du Dauphiné autour d’une belle tarte aux myrtilles faite maison. Construite en 1904. juste après l’ouverture des routes du Vercors (1827-1870) cette baraque de bûcherons se situe au carrefour de chemins forestiers. À cette époque, les bûcherons abattaient à la hache et débardaient les futs avec leurs chevaux et leurs vaches. Ils restaient alors plusieurs mois en forêt. Cette cabane a abrité des générations d’hommes des bois qui, faute de source, avaient prévu une citerne pour recueillir l’eau de pluie. Malaterre a également servi de relais aux maquisards pendant La Seconde guerre mondiale.

Lorsque la mécanisation est arrivée, les bûcherons sont rentrés chez eux chaque jour. Plus de vaches. plus de chevaux et une baraque vidée. Avec l’essor du ski de fond dès 1968, Malaterre s’est retrouvée au cœur du domaine skiable. En 1989 les propriétaires ont proposé de transformer cette baraque construite par Séraphin Chabert — le grand père de Bernard — en un lieu d’accueil authentique.

Bernard, bûcheron-paysan, Lydia journaliste-conteuse et leurs 3 enfants vous attendent dans leur cabane blottie depuis 1904 au cœur de la forêt de l’Alloubière. Après une agréable balade de 4km au départ de Bois Barbu, Malaterre apparaît dans sa clairière comme dans les histoires d’enfants… Ne vous étonnez pas si vous apercevez de furtifs lutins ou une sorcière grincheuse, Malaterre aime les légendes qui se racontent mais jamais ne s’attrapent… Une fois la porte poussée, l’accueil se fait à la lueur des chandelles et dans les froufrous de jupons de nos grands-mères. Comme par magie, la table s’anime des mets les plus précieux et « goutus » : caillettes et lard frais, gratinée de ravioles, soupe aux châtaignes… Faites un sort aux tatins cuites au four à bois et caramélisées à souhait ! Et si vous avez la nostalgie des goûters d’antan, succombez au chocolat chaud au lait, croquez dans de longues tartines de pain Maison, dégoulinantes de confiture aux myrtilles ! Enfin le soir venu, laissez-vous emporter dans le tourbillon des contes et légendes et frissonnez à votre retour sous les étoiles à l’évocation de l’ours du Vercors.

➣ Restaurant Grand’ Baraque Malaterre

Forêt de l’Alloubière
Bois Barbu
38250 – Villard-de-Lans

Téléphone : 06 07 87 52 80 | 04 76 95 04 34 — Site internet : www.malaterre.fr.


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Claire Lesage
5

« Merci beaucoup Monsieur Boulianne pour ces précieuses informations. Votre travail est exceptionnel et Vous êtes un Être de lumière! »

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