Le prieuré de Saint-André-de-Rosans a été fondé en 988 à la suite d’une donation de mon ancêtre, le clerc prénommé Richaud, à l’abbaye de Cluny

Comme mes lecteurs et lectrices les plus assidus le savent, je m’intéresse vivement et passionnément à l’histoire de mes ancêtres et de mes cousins éloignés, ceux que l’on prénomme les Fils de l’Ours. Il y a déjà quelques mois que j’ai publié un article concernant ma famille. Le dernier article date du 28 octobre 2022 et concernait le Docteur ès Lettres et professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, Henry de Bouillane de Lacoste (1894-1956). Cette fois-ci, je vous raconte le chapitre concernant mon ancêtre, le clerc prénommé Richaud, qui fonda le prieuré de Saint-André-de-Rosans en 988 dans le département français des Hautes-Alpes, à la suite d’une donation à l’abbaye de Cluny. Prenez en note que les familles de Richaud et de Bouillanne sont liées par le sang et partagent une très longue histoire à travers les siècles. En effet, Nicolas Chorier écrivait dans le troisième tome de son ouvrage “Estat politique de la province de Dauphiné”, publié en 1671 : « Il y a une étroite union entre la race de Richaud à celle de Boliane. Elles habitent en même lieu, ont les mêmes titres et les mêmes armes, et tous intérêts sont communs entre elles. » Quant à Jules de Beylié, il écrivait en 1917 dans le “Bulletin de l’Académie delphinale” : « Les familles de Richaud et de Bouillanne qui, par suite d’alliances anciennes et répétées, n’en formaient en réalité qu’une. »

Le 19 avril 988 un prêtre nommé Richaud fonda un prieuré à Saint-André de Rosans et le donna à l’ordre de Cluny et à l’abbé Maieul. Cette libéralité comprenait non seulement l’église de Saint-André, mais des possessions assez considérables dans la paroisse et les paroisses environnantes. Les biens donnés s’étendaient sur plusieurs communes situées aux confins des Hautes-Alpes et de la Drôme, mais aussi dans le Vaucluse (Malaucène) ou dans les Alpes-de-Haute-Provence (Mison). Selon les Chartes de Cluny, « le clerc Richaud donne à l’église de St-André de Rosans, dans le pagus du même nom (Rosanen), au comté de Gap (Wapicen), la villa qui l’entoure, dont le territoire est limité par ceux de Sorbiers (Sorbaria) et de Chapaïsses (Capadicis), par la Lidane (Liddana), Mogdanis, Méreuil (Moraria) et l’Armalande (Armelosa) ; il cède en outre le château de Rizon, la moitié de l’église de St-Arey (S. Erigii), des villae de Rosans, Sorbiers, Gema, Rusca, Méreuil et Chapaïsses. Après sa mort, l’église de St-André aura en outre la moitié du château de Mison, de Blannatis, de l’Epine (Spina) et de la forêt de Chassagne (Cassania), et tout ce qu’il possède jusqu’au château de Serres (Cerredum). Il soumet le tout au monastère de Cluny. » Les religieux de Cluny ne tardèrent pas à construire un monastère qui jouit d’une assez grande prospérité pendant tout le moyen âge. [Ulysse Chevalier : « Regeste dauphinois »]

Pilier décoré : Le clerc Richaud suppliant saint Pierre (XIIe s.).

En 1999, Eliana Magnani, chargée de recherche au CNRS, écrivait :

« C’est sans doute le même Richaud qui, quelques années plus tard, donne à l’abbé Odilon des biens dans les mêmes évêchés de Gap et Vaison, dont la moitié du Revest (l’autre moitié ayant été donnée à son oncle Roland et aux fils de celui-ci). C’est peut-être lui, Richaud, et son frère Datil, ainsi que leur oncle Roland, qui signent à la fin du Xe siècle la donation de Bédoin faite par Ismion à Montmajour. Richaud est alors sous-diacre. Dix ans après la donation de Rosans, Richaud est le seul bienfaiteur de Cluny en Provence dont le nom figure dans le diplôme d’exemption de Grégoire V, témoignant de la haute place qu’il occupe alors dans la mémoire clunisienne (Zimmermann, t. II, n° 351, p. 682-686 – 22 avril 998). Un siècle plus tard son souvenir est toujours vivant : une notice dresse la liste de ceux qui tiennent des biens que domnus et venerabilis Ricaudus a offerts à Cluny dans le Rosanais. Cette notice est un bon exemple du caractère “patrimonial” de la mémoire monastique : le souvenir des donateurs reste étroitement lié aux biens donnés. »

En parlant des fragments de chapiteaux du prieuré de Saint-André-de-Rosans, Joseph Roman écrivait pour sa part dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques (1885) :

« Je passe sous silence quelques morceaux de frises figurant des torsades ou des rosaces, pour arriver tout de suite aux cinq fragments plus intéressants sur lesquels sont sculptées des représentations de personnages ou d’animaux. Le premier groupe se compose de deux fragments de chapiteaux. L’un, qui est très petit, représente saint Pierre debout, tenant de la main droite une clef appuyée sur son épaule et bénissant de la main gauche; à ses pieds un personnage vêtu d’habits ecclésiastiques est agenouillé et joint les mains. La tête du saint est brisée. Je serais porté à croire que cette scène représente le clerc Richaud, fondateur du prieuré de Saint-André de Rosans, aux pieds du saint auquel il a consacré sa donation. »

Le prieuré, détruit en grande partie à l’occasion des guerres de religion, subsista jusqu’à la Révolution. Il fut souvent confondu, jusqu’au XIXe siècle avec un temple consacré à Bacchus tant son décor lié à la vigne est important. Les spécialistes ont reconnu dans ces lacs de pampres la feuille du cépage Paga Debiti. L’église priorale, en ruines, conserve un chœur et un transept typiques du premier art roman (XIe siècle) et une nef du XIIe siècle. De ce prieuré clunisien fondé à la fin du Xe siècle (988) et disparu au XVIe siècle avec les guerres de religion, il reste pourtant des vestiges du plus grand intérêt archéologique appartenant à la 2e moitié du XIIe siècle et au XIIe siècle.


Le prieuré de Saint-André-de-Rosans, seul monastère complet clunisien du diocèse de Gap

Le prieuré de Saint-André-de-Rosans est classé monument historique depuis 1925. Il est remarquable pour sa décoration romane provençale du XIIe siècle, ses colonnes et chapiteaux du XIe siècle, sans oublier ses mosaïques. Proche dans sa forme de son homologue de Ganagobie (Alpes de Haute-Provence), le prieuré de Saint-André-de-Rosans se compose (à l’exception des bâtiments destinés à la vie et à la gestion des terres seigneuriales), d’un cloître carré avec un puits (nord-est), d’une église (sud-est), d’un réfectoire (transformé au XVIIe en église paroissiale au nord-ouest), de communs et d’une ancienne salle capitulaire et un dortoir (sud-ouest). Le tout formant un quadrilatère.

D’un point de vue architectural, la nef de l’église du prieuré était faite de quatre travées et d’un choeur, couverte d’une voûte en plein cintre maintenue par des doubleaux à double rouleau retombant sur des pilastres sur dosserets. Un ensemble richement décoré, avec chapiteaux de colonnes, frises en haut relief, etc … Un décor d’ensemble inspiré du style antique, malgré la situation très éloignée des grands centres de romanisation qu’étaient Orange, Vaison, Gap ou Sisteron.

Surmontée sans doute d’un campanile, la travée du chœur est séparée des chapelles latérales par deux murs épais. Le sol de l’abside comme celui de la travée est recouvert d’un pavement de mosaïque polychrome remarquable (emploi de calcaire blanc, calcaire beige, marbre bleuté de réemploi, brique rouge et calcschiste noir). Le pavement de l’abside en particulier représente des animaux et des figures géométriques, avec des motifs tressés entourant l’ensemble. On y voit un éléphant aux pieds empruntés à ceux d’un bovidé, portant une enceinte fortifiée avec tours et devant l’autel, quatre félins en opposition deux à deux. Reste la chapelle sud du prieuré. Probablement la mieux conservée de cet ensemble monastique comprenant une travée rectangulaire et une absidiole.

Saint-André-de-Rosans est le seul monastère clunisien complet (réfectoire, cloître, cellier, église) parmi les 30, d’où son importance sur le plan architectural, archéologique et historique. L’étude des textes anciens a permis de découvrir le plan général du prieuré et l’historique de sa construction. Grâce aux procès-verbaux de visites de l’abbaye de Cluny, on peut suivre la vie de ce monastère et en connaître l’histoire et l’évolution. Des visiteurs faisaient le tour de tous les prieurés provençaux tous les deux ans et établissaient leur rapport auprès de l’abbaye-mère de Cluny. En deux siècles, 52 visites sont décrites et extrêmement intéressantes pour connaître la vie du monastère et des populations au Moyen Age.


CLU 1784 (19 avril 988) — Charta qua Richaudus clericus quasdam res in comitatu Vapincensi ecclesiæ sancti Andreæ dat, eamque Cluniacensi monasterio subjicit

Richaudus donne à l’église Saint-André de Rosans, dépendante de l’abbaye de Cluny, des villae, des églises, un castrum et six manses, situés dans le comté de Gap, au pagus de Rosans.

In nomine Dei summi. Richaudus, omnium clericorum infimus, Jesu Christi servus, divina attestante Scriptura, novimus quod de rebus temporalibus, si bene dispensentur, sempiterna justicia comparetur. Quod mente pertractans, audiensque evangelici tonitrua dogmatis clamantia: «Date elemosinam, et ecce omnia munda sunt vobis,» et rursum: «Thesaurizate vobis thesauros in cœlo, ubi neque erugo, neque tinea demolitur,» et quod prudens pater prudenti filio intulit, dicens: «Elemosina a morte liberat, et non permittit hominem ire in tenebras;» et ut Sapiens quidam: «Redemptio animæ justi propriæ divitiæ,» et nonnulla alia quæ series tantorum conclamat virorum, Deum ac redemptorem meum glorificans, qui mihi corpus et animam gratuita pietate concessit, et me nonnullis subsidiis humanæ paupertatis constipavit, mecum dignum fore censui, si pro animæ meæ remedio ecclesiæ Sancti Andreæ apostoli, quæ infra comitatum Vuapicensem, in pago Rosanensi, fundata est, aliquid meæ hereditatis tribuerem; certissime enim scio illum regnare cum Deo, et ideo illi terrenam tribuo hereditatem, ut ipse mihi orationibus suis veniam peccatorum apud Deum impetret, et in die exitus mei ab hoc misero seculo occurendo, a potestate Satane tenebrosa eripiat, et illius clarissimæ habitationis qua in conspectu Regis regum perfruitur consortem faciat et coheredem, ubi nullus dolor, nullus timor, nulla egritudo, nulla esuries, nulla macula gignitur, sed omnia ante superni spec[ta]toris oculos in pace quiescunt, et illius visione lucis sine fine delectantur. Hæc autem hereditas, qua prædictum apostolum pro scelerum meorum relaxatione heredem volo habere, est in supradicto comitatu, in locis subter scriptis: in eodem pago Rosanensi, villam quæ est apud eandem ecclesiam, cum omnibus quæ illi attinere videntur, necnon et castrum Rizonem ipsi concedo, cujus videlicet villæ territorium terminatur ab oriente territorio villæ quæ dicitur Sorbaria et territorio villæ Capadicis, ab occidente rivulo Liddana, a septentrione vero territorio villarum Mogdanis et Morariæ, a meridie quoque rivulo Armelosæ. Dono etiam prædictæ ecclesiæ Sancti Andreæ, in jam dicto pago, medietatem ecclesiæ Sancti Erigii, cum medietate villæ Rosanis, ubi fundata est, atque cum omnibus quæ ipsi medietati pertinere videntur; cedo quoque illi medietatem villæ quæ Sorbaria dicitur et medietatem villæ quæ vocitatur Gema, et medietatem villæ quæ nuncupatur Rusca, et medietatem villæ Morariæ cum omnibus quæ ipsis medietatibus pertinere seu attinere videntur, et de villa Capadicis et de omnibus quæ illi adjacent quartem partem illi concedo. Tribuo quoque ei, in comitatu Vasense, infra territorium castri Malaucenæ, sex mansos ad colligendum solummodo vinum; post meum quoque discessum dono prælibatæ ecclesiæ, in jam dicto comitatu Vuapicensi, medietatem castri Misonis, cum omnibus quæ ipsi medietati pertinere videntur, et in eodem pago Rosanensi de villa Blannatis, et de territorio ejus, et de villa quæ dicitur Spina, sive de ecclesiis ibi fundatis, necnon et de territorio ejus, et de silva Cassania unam medietatem, et omnia quæ ab his locis usque ad territorium castri quod dicitur Cerredum hodie videor possidere: hæc omnia ecclesiæ Sancti Andreæ conferens, eam cum his omnibus apostolorum principis Petri ecclesiæ, videlicet Cluniacensis monasterii, domnoque Maiolo, ipsius loci abbati, subicio; ea scilicet ratione, ut tam ipse quam ejus successores eam summæ studio caritatis prævidere ac regere studeant, et in ea monachos digne famulantes Deo ex propria congregatione omni tempore cohabitare faciant, qui omnia Sancto Andreæ a nobis concessa firmiter obtineant, ita ut neque ipsi, neque illorum abbates aliquid horum commutare aut alienare ullo valeant tempore. Si autem, instigante Satana, aliquis meus propinquus, aut heres, aut proheres, seu quislibet homo hoc nostræ donationis testamentum inquietare aut infringere molitus fuerit, nisi resipuerit, cum Dathan et Abiron atque Core perpetuis inferni torqueatur cruciatibus, et hujus nostræ oblationis donatio inconvulsa et stabilis in ævum valeat et permaneat. Actum publice, XIII kal. maii, anno Dominicæ incarnationis DCCCCmo LXXXmo VIIIvo, indictione prima. Signum Richaudi, qui hoc testamentum scribi et firmari rogavit. Signum Evrachari, qui hoc testamentum firmavit. Signum Datili fratris ejus. Signum Hugonis. Signum Stephani. Signum Poncii. Signum Rodstagni. Signum Ebrardi. Signum Heldegerii. Signum Eicardi. Signum Gonterii. Signum Arnulfi. Signum Girbaldi. Signum Heldefonsi presbiteri. Signum Sigiranni presbiteri, qui hoc testamentum manibus propriis firmaverunt. Durandus presbiter hoc testamentum relegens firmavit. Aimo presbiter scriptor extitit.

SOURCE : Institut de Recherche et d’Histoire des Textes.


Les rattachements familiaux du clerc Richaud

Par Eliana Magnani, chargée de recherche au CNRS (1999)

L’impossibilité d’établir avec certitude les rattachements familiaux de Richaud montre combien l’organisation de la famille dans la deuxième moitié du Xe siècle s’articulait sur un vaste cousinage dont les membres se partageaient les droits sur le patrimoine familial de façon horizontale. En fait la parentèle à laquelle appartenait Richaud se scinde en différentes familles qu’on retrouve par la suite, organisées de forme patrilinéaire, privilégiant l’indivision du patrimoine au profit de l’aîné et sa transmission verticale.

L’impossibilité d’établir avec certitude les rattachements familiaux de Richaud montre combien l’organisation de la famille dans la deuxième moitié du Xe siècle s’articulait sur un vaste cousinage dont les membres se partageaient les droits sur le patrimoine familial de façon horizontale. En fait la parentèle à laquelle appartenait Richaud se scinde en différentes familles qu’on retrouve par la suite, organisées de forme patrilinéaire, privilégiant l’indivision du patrimoine au profit de l’aîné et sa transmission verticale.

L’identification de Richaud n’est pas aisée et on ne peut que supposer, par recoupement de propriétés et rapprochements onomastiques, quelques liens avec des familles que nous connaissons mieux au XIe siècle. Les trois anthroponymes, Richaud, Datil et Roland, se retrouvent en 1059 dans un document concernant le prieuré de Saint-Victor et Saint-Pierre de Grauseau et la paroisse de Malaucène, dans l’évêché de Vaison. En 988 Richaud avait doté Saint-André-de-Rosans de six manses à vigne dans le castrum de Malaucène. Il n’est pas impossible que le Richaud de Malaucène de 1059 appartienne à la descendance de la famille du Richaud, donateur de Rosans.

« CSV 687 : Ego Richaus, de Malaucena castello, et frater meus Rostagnus… et mulieres nostre Raimos et Falatrudis, et filii nostri Poncius et Richaus, Arbertus et Gontardus, Rodlandus et Giraldus, Willemmus et Datilus, Armandus et Petrus, Lodegarius et Giraldus, Ugo [lacune]… »

Certains auteurs ont proposé de rattacher Richaud à d’autres personnages de l’époque. Tout d’abord, pour Ripert-Monclar, repris par Arlette Playoust, Roland, l’oncle de Richaud, auquel il donne une moitié du Revest dans le comté de Gap, serait le père des huit frères, « les Mirabel », qui apparaissent en 1023 lors d’une donation faite par deux d’entre eux à Cluny : Laugier et Pons donnent la moitié du castrum d’Auton en Diois, dont l’autre moitié avait déjà été donnée à Cluny par leur père. Ils sont frères de Féraud évêque de Gap, de Pierre évêque de Vaison, d’Arnulf, Rodolphe, Gérard et Raimbaud, auxquels ils lèguent une série de biens. Ripert-Monclar détermine cette filiation par le recoupement des possessions de l’acte de 1023 avec celles citées dans les donations de Richaud à Saint-André-de-Rosans, en 988 et vers l’an mil. Or, s’il est vrai que les biens donnés par Richaud « rentrent dans les grandes lignes du territoire » où sont sis les biens « des Mirabel » cités dans l’acte de 1023, ils ne sont ni identiques, ni enchevêtrés. Nous ne pouvons donc pas conclure à une parenté telle qu’elle est proposée par Ripert-Monclar.

Selon Georges de Manteyer, Richaud est apparenté à un viguier ou châtelain du Venaissin, qui, entre 993-1040, se dirige vers Vaison, Die et Gap. Il s’agit d’Ismion, donateur du castrum de Bédoin à Montmajour au milieu du Xe siècle, père de Bermond, Féraud et Laugier. Nous avons déjà évoqué plus haut ce document dont les frères Datil et Richaud sont signataires. Pour Manteyer, leur présence dans cet acte est signe de leur parenté avec Ismion. Datil et Richaud seraient à l’origine de la famille de Mison. Toujours d’après Manteyer, Féraud, fils d’Ismion serait le père des huit frères qui apparaissent en 1023. Par rapport à l’ascendance de ces derniers, l’hypothèse la plus récente et la plus convaincante est celle de Jean-Pierre Poly : ils seraient fils de Pons précariste de Nyons, propriétaire à Vaison, fils de Pons et Blismodis, frère de Humbert évêque de Vaison et d’Ison propriétaire à Uzès, tous les trois précaristes de Mornas.

Si l’hypothèse de Manteyer ne semble pas se confirmer pour la descendance de Féraud, fils d’Ismion, il reste fort probable qu’un lien de parenté unissait Ismion et Richaud. On pourrait penser que l’autre fils d’Ismion, Laugier, est le mari défunt d’Ermengarde, qui, avec ses fils Gérard, Aicard, Pierre et Féraud, restitue à Montmajour un sixième de la paroisse de la villa Montilium (Monteux) qu’ils détenaient injustement. Comme Bédoin, Monteux se trouve dans le comté de Venasque. Cet acte qui semble avoir été établi à la fin du Xe siècle est signé, entre autres, par un certain Richaud et par son frère Pons Maldans. Quelques décennies plus tard un autre Richaud restitue à Montmajour le sixième de l’église de la Sainte Trinité et de Saint-Martin de Monteux, détenue injustement par Gérard et ses fils. Or, ce Gérard est peut-être le fils de Laugier et Ermengarde car il a pu garder le sixième de la paroisse de Monteux, ce qui voudrait dire que la première restitution faite par sa mère, lui et ses frères, est restée sans effet. Il est encore question de Monteux lorsqu’un Laugier et son épouse donnent à Sainte-Marie d’Esparron une semodiée de terre où est fondée l’église Saint-Michel à Monteux, dans le comté de Venasque. Les voisins de cette église s’appellent Datil et Ismion, noms qui évoquent encore la même parentèle.

Ces recoupements onomastiques et fonciers justifient nos soupçons de parenté entre Richaud, fondateur de Saint-André-de-Rosans, et des personnages propriétaires dans le comté de Venasque. Entre 1024 et 1037, Cluny reçoit de plusieurs frères, trois églises dans le comté de Venasque, dans le territoire de Dimone. Les donateurs tiennent ces sanctuaires du comte Guillaume IV et de la comtesse Lucie. Parmi eux on trouve un Richaud et un Datil, et un Roland est signataire de l’acte.

« CLU 1994 : …Igitur [ego] Rotbaldus et uxor sua Inginildis, Aldebertus et uxor sua Ava, Ricaudus et uxor sua Elisabeth et filii illorum, Agina et filii sui, Gaucilinus, Datilus, Nevolongus, Otbertus… ut Dominus… misericordiam habeat de animas nostras… et de fratre nostro Autranno… (donamus) aliquid de res nostras qui nobis per conquisos cartarum legibus obvenit, que adquisivimus de seniore nostro Willelmo comite et uxore sua Lucia comitissa… Signum Feraldus. S. Rostagnus. S. Rodulfos. S. Autrannus. S. Isnardus. S. Rainerius. S. Rollannus. S. Bermonnus… »

Si nous nous attardons encore sur les possessions que Richaud offre à Saint-André-de-Rosans dans le diocèse de Gap, nous pouvons faire les quelques remarques qui suivent. Ainsi, en plus de biens sis aux alentours de Rosans, Richaud offre la moitié du castrum de Mison (medietatem castri Misonis), don qui semble n’avoir jamais pris effet. La famille de Mison, qu’on voit au XIe siècle et à laquelle appartiennent les vicomtes de Gap, ne conserve qu’un anthroponyme qui rappelle, indirectement, une parenté avec Richaud. Il s’agit d’Ismion, nom de l’un des fils de Gaudemar et Agnès qui en 1022-1023 ont offert au prieuré de Ganagobie l’église Sainte-Marie du castrum de Beaujeu, dans le diocèse de Gap. Ils donnent l’église avec les dîmes et les prémices, ainsi que deux manses. Au diocèse de Die, ils offrent la moitié de la vallée de Jarjate, sise dans le territoire du castelli Lunis (Lus-la-Croix-Haute, Drôme), ainsi que deux alpages. Gaudemar et son frère Isoard sont la souche de la famille des Mison. Ce don fait à Ganagobie se situe peut-être dans le cadre d’une ancienne dévotion à Cluny de ces possibles descendants de Richaud.


Plaques ornementales du prieuré de Saint-André-de-Rosans


SOURCES ET RÉFÉRENCES :

Anthologie2020PUB007

LaRem Desivir
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« Merci infiniment pour l’énorme travail de réinformation que vous faites. 🙏 La lutte est vraiment épouvantable, avec tous ces parlementaires achetés par ces tarés!! »

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