Les Fils de l’Ours — Un hommage à un cousin de Saint-Julien-en-Quint : Ulysse Richaud le Berger, le poète & le gentilhomme du cœur et de l’esprit

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J’ai à nouveau fait l’achat d’un livre qui s’ajoute à ma collection d’ouvrages racontant l’histoire de mes ancêtres, les Fils de l’Ours, ainsi que des livres écrits par mes cousins eux-mêmes, dont “Deux bûcherons de la vallée de Quint” par André Lacroix et Ulysse Richaud, ainsi que mon acquisition la plus récente : “Les gentilshommes verriers du Poët-Laval aux 17e et 18e siècles : histoire de cinq familles dauphinoises avant la Révolution”, par Françoise de Bouillane de Lacoste. Le livre que je viens d’acquérir s’intitule “Ulysse Richaud, Berger, poète, gentilhomme du cœur et de l’esprit”, réalisé par l’historien Michel Wullschleger avec le concours de Maurice Bérard, ancien président de l’Association des Richaud et des Bouillanne. C’est en 1984 que Michel Wullschleger rencontre Ulysse Richaud (25 novembre 1903 – 18 novembre 2000). Comme Michel, Ulysse est passionné d’histoire et une profonde amitié se tisse entre les deux hommes ; ils finissent par bien se connaitre et s’apprécient. Au mois de novembre 2000, lorsque Michel arrive à l’hôpital de Die pour rendre visite à son ami, il apprend par deux infirmières qu’Ulysse est décédé la nuit précédente. Michel écrit en 2007 : « J‘ai pris le temps de leur parler de lui, de tout ce pan de sa personnalité qu’elles n’avaient pu percevoir ».

Non seulement Ulysse Richaud était un berger et un poète, il était aussi un historien. L’ancien ambassadeur Jean-Noël de Bouillane de Lacoste (1934-2020) écrivait : « Il a effectué des recherches qui dénotaient chez lui une vive curiosité intellectuelle en même temps qu’un grand désir de faire toute la lumière possible sur les origines de nos familles ». Ulysse de Richaud est un descendant à la 6e génération d’Antoinette de Bouillanne, elle-même petite-fille de David Antoine de Bouillanne et Jeanne de Richaud.

Je tiens encore une fois à préciser que les familles de Richaud et de Bouillanne sont liées par le sang et partagent une très longue histoire à travers les siècles. En effet, Nicolas Chorier écrivait dans le troisième tome de son ouvrage “Estat politique de la province de Dauphiné”, publié en 1671 : « Il y a une étroite union entre la race de Richaud à celle de Boliane. Elles habitent en même lieu, ont les mêmes titres et les mêmes armes, et tous intérêts sont communs entre elles. » Quant à Jules de Beylié, il écrivait en 1917 dans le “Bulletin de l’Académie delphinale” : « Les familles de Richaud et de Bouillanne qui, par suite d’alliances anciennes et répétées, n’en formaient en réalité qu’une. »

EN HOMMAGE A MA LONGUE ASCENDANCE

Les BOUILLANNE et RICHAUD de la Vallée de Quint
Pendant huit siècles au moins, peut-être davantage,
Ont puissamment marqué les rives de la Sure
Car leur noblesse obscure, néanmoins généreuse,
Date d’un temps lointain qu’on ne peut préciser,
Où ils sauvèrent un prince des griffes d’un grand fauve.

Comment ne pas l’aimer cette vallée de Quint,
Où dorment dans la paix de son calme serein,
Des milliers de RICHAUD et autant de BOUILLANNE.
Ce sont tous nos aïeux desquels nous descendons.
Nous leur devons les toits sous lesquels nous vivons.

Si petite noblesse s’est maintenue vertueuse,
C’est que l’honneur, toujours leur unique richesse,
Tint lieu de fief aux BOUILLANNE et RICHAUD,
Ni terre, ni château ne leur fut alloué
Par le prince chasseur luttant avec un ours,
Qui en ce temps lointain que noie la nuit des temps,
N’était, semblerait-il, pas bien riche non plus.

Si mon oeuvre n’est pas d’une très grande ampleur,
J’ai tout au moins défriché le terrain,
Où piocheront peut-être des descendants futurs.
Découvrir ce passé, remonter à sa source peut-être millénaire,
C’est le souhait fervent que tout près de la tombe,
J’adresse aux RICHAUD aussi bien qu’aux BOUILLANNE.

Huit siècles ont déferlé sur Ambel et sur Quint,
Huit siècles, c’était hier à l’échelle des temps,
Trente générations de RICHAUD et de BOUILLANNE,
Trente générations cultivèrent nos champs,
Eurent froid, eurent chaud, ont ri et ont pleuré,
Ont vécu, puis sont mortes, et dorment dans la terre
Qui, elle, est toujours là, gardienne de leurs cendres.

J’écris surtout pour ma lignée future.
Trouvera-t-elle plaisir à lire mes récits,
Comparera-t-elle son temps à celui où j’existe.
Tout en vous souhaitant le bonheur et la joie,
J’espère de votre part, un brin de souvenance,
Une petite fleur sur ma tombe déserte.

Souviens-toi de ton nom, soutiens sa dignité,
Et prenant d'un RICHAUD ou d'un BOUILLANNE la générosité,
Sache qu'il n'est pas d'homme que le ciel ait fait naître
Pour commander aux rois et pour vivre sans maître.


ULYSSE RICHAUD
L’ancien président de l’Association des Richaud et des Bouillanne, Maurice Bérard, nous parle de Ulysse Richaud dans le documentaire de Jacques Mouriquand, intitulé : « Les Bouillane et les Richaud: huit siècles de vie de famille » (2019).

À la découverte d’Ulysse Richaud, à Saint-Julien-en-Quint

Ulysse RICHAUD est né le 25 novembre 1903, dans une ferme située au-dessus des Bonnets, sur le flanc de Font Payanne. Il appartient à une famille fort connue pour avoir été anoblie, lorsqu’un de ses ancêtres, bûcheron, sauva de la colère et des griffes d’un ours blessé un haut personnage. Nous y reviendrons. Enfant, il parcourait les cinq kilomètres qui le séparaient de l’école qu’il fréquenta jusqu’à l’âge de 9 ans. Plus tard, il travailla à la ferme paternelle, garda le troupeau au Puy de la Gagère, au temps où les chamois étaient légion, accomplit son service militaire à Dusseldorf, pendant l’occupation de l’Allemagne rhénane, comme ordonnance d’un officier d’Etat-Major. Rentré à St-Julien, il entreprit le métier de boulanger. Mais le médecin ne tarda pas à lui conseiller d’abandonner le travail et le contact de la farine et de vivre au grand air. Ulysse choisit alors d’être berger.

C’était en 1931. Ce métier de berger, il allait l’assumer complètement, dans ses joies comme dans ses servitudes, ayant pleinement conscience de s’intégrer dans une tradition plusieurs fois millénaire et sachant en acquérir toute l’expérience et la connaissance.

Outre cette divine langue qu’il parle et qu’il écrit (qui donc aujourd’hui connaît-il et use-t-il du français comme lui ?), surprennent chez cet homme l’aptitude à la réflexion, aiguisée sans doute à la fois par les rythmes et les difficultés de son métier et l’extraordinaire étendue d’une culture acquise par l’expérience et l’échange, par la pensée personnelle et par la lecture.

Mais que l’on ne s’y trompe pas !

Vu de l’extérieur, le métier de berger apparaît seulement bucolique et merveilleux ; aujourd’hui surtout, alors que plus nombreux sont ceux qui ne peuvent même plus en soupçonner les servitudes. Vu de l’intérieur, il n’est pas sans procurer de grandes joies : celle de l’affection et du travail des chiens, celle de la compagnie de l’âne « modèle de gentillesse et de finesse », celle des fleurs de montagne, celle des nuits étoilées et des jours de grand beau. Mais ces joies s’accompagnent de la solitude, et la rudesse du métier apparaît vite lorsqu’il se trouve confronté à l’agnelage, à la maladie d’une bête, à la foudre, au brouillard, à la neige, aux chiens errants et — aujourd’hui — à l’inconscience et à l’ignorance fréquente des touristes. (« Pourquoi voulez-vous que j’attache mon chien, les vôtres sont bien libres » !)

Un autre sujet passionne Ulysse, de façon bien légitime : la famille Richaud, sa famille. On devrait dire “de Richaud”, mais la plupart des descendants ont abandonné la particule après la Révolution. Sur les origines de cette noblesse, il y a des certitudes : deux bûcherons-charbonniers, Richaud et Bouillanne, eurent le courage d’intervenir sur la montagne d’Ambel, contre un ours blessé et sauvèrent un gentilhomme de haut rang qui les anoblit. Mais il y a aussi des interrogations.

D’abord, plusieurs communes cherchent à s’approprier l’avènement : Romeyer et Saint Laurent en Royans, notamment. Or les deux hommes venaient du pays de Quint où se trouvaient installées leurs familles. Ensuite, on s’interroge parfois sur la partie d’Ambel qui fut le théâtre du sauvetage…, versant d’Omblèze, versant de St Julien, versant de Bouvante, plateau d’Ambel lui-même ? Avec d’autres, Ulysse Richaud pense qu’il s’agit du secteur de Malatra entre la clairière qui porte ce nom et le Saut de la Truite. Mais surtout, de quel gentilhomme s’agit-il ?

Pour la plupart des auteurs, c’est le Dauphin de France, fils de Charles VII et futur Louis XI. L’événement se situerait alors entre 1440 et 1457.

Michel Wullschleger et Ulysse Richaud lors de la remise des Palmes académiques à celui-ci, 6 avril 1997.

Mais pour Ulysse, le gentilhomme était un “Dauphin de Viennois”. L’événement daterait alors d’avant 1349, date à laquelle le Dauphiné cessa d’être une grande construction féodale “indépendante” pour devenir pendant un siècle l’apanage du fils aîné du roi de France et prendre enfin place dans le royaume. Dans ce cas, les Bouillanne et les Richaud, au blason desquels figure une patte d’ours, appartiendraient à la plus vieille noblesse du Dauphiné. Et le futur Louis XI ne serait intervenu que pour confirmer l’anoblissement.

Ayant lu dans notre Gazette un article d’Henri Xueref évoquant la coutume du Reinage, Ulysse pense pouvoir apporter quelques précisions (je dois dire qu’elles se recoupent avec des informations fournies par Camille Archinard, d’Oriol en Royans).

La coutume du reinage concerne St Laurent en Royans et non “le” Plan de Baïx, à propos duquel il y a probablement confusion avec une autre fête. Elle consiste à vendre aux enchères, le dernier dimanche d’avril, les titres de Roi, Reine, Dauphin, Dauphine, Connétable et Connétablesse, le produit de cette vente permettant l’embellissement de l’église, dans laquelle se déroule d’ailleurs la cérémonie. Les anciens titulaires proposent une somme pour céder leur titre, les enchères commencent, un enfant de cœur portant un cierge allumé se plaçant devant les “annonceurs” successifs. Et cette coutume s’enracinerait dans l’affaire de l’ours, du gentilhomme et des bûcherons anoblis.

Nous feuilletions un des “Robert” lorsque Ulysse nous déclara qu’il voulait nous montrer un de ses trésors. Il disparut dans une pièce voisine et revint porteur de deux gros volumes. Il s’agissait du dictionnaire franco-provençal de Frédéric Mistral. Il nous invita à chercher quelques mots, confrontant le provençal et notre patois, émettant des hypothèses sur l’origine et la signification des toponymes.

Autre trésor, ses cahiers sur lesquels il note, de sa belle écriture ronde et ferme, aussi bien le fruit de ses recherches que ses poèmes, ou encore ses dossiers bourrés de documents divers dont un répertoire commande l’ordonnance et l’accès.

Et il y a encore sa correspondance : il la doit surtout à l’histoire de sa famille, recherchant inlassablement textes et documents, se faisant un devoir d’écrire à tous ceux qui dénaturent, ou cherchent à s’approprier la belle histoire des bûcherons d’Ambel ; il la doit aussi à tous ceux qu’il a fascinés comme nous avons pu l’être pendant ces trois heures passées aux Bonnets en sa compagnie.

Mais Ulysse Richaud est encore dépositaire d’un autre trésor : le témoignage qu’il peut porter sur une activité plusieurs fois millénaire, certes, mais qui subit une mutation radicale. Il en est bien conscient lorsqu’il écrit : « Ayant traversé sans évolution appréciable un nombre impressionnant de siècles d’invasions et de luttes fratricides, la transhumance était demeurée jusqu’au début de ce siècle l’unique et toute dernière image authentique nous rattachant directement à la lointaine préhistoire. Considérablement réduite de nos jours, elle est la victime innocente d’un progrès tyrannique. Ce n’est pas sans nostalgie que, octogénaire, ayant exercé cette activité de berger une grande partie de ma vie, j’assiste à son déclin et peux prévoir sa fin prochaine. »

Merci de témoigner, Monsieur Richaud !

MICHEL WULLSCHLEGER
Vice-Président des Amis de Léoncel

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Stéphane Bilodeau
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